La stratégie de l’haltère

Comment appliquer le principe 20/80 pour travailler moins et vivre mieux.

Introduction

Si vous avez déjà suivi des cours de gestion d’entreprise, vous connaissez probablement la loi de Pareto. Elle explique que 80 % des effets sont le produit de seulement 20 % des causes, et notamment que 20 % des efforts génèrent 80 % des résultats.

Intuitivement, cette idée pousse à se concentrer sur l’essentiel, les quelques actions réellement déterminantes. Mais ce que nous allons voir ici, c’est que cette loi est encore plus puissante qu’il n’y paraît, et qu’elle peut transformer bien plus que votre manière de travailler.

Rappel sur la loi de Pareto

La loi de Pareto tire son nom de Vilfredo Pareto, un économiste italien de la fin du XIXe siècle. Il a observé qu’en Angleterre, environ 20 % des propriétaires possédaient 80 % des richesses. Ce qui l’a frappé, c’est que cette répartition se retrouvait dans de nombreux pays, avec des proportions étonnamment similaires.

Quelques décennies plus tard, l’ingénieur Joseph Juran a montré que ce principe s’appliquait aussi très bien à certains domaines de la gestion d’entreprise. Par exemple :

  • 20 % des produits génèrent 80 % du chiffre d’affaires,
  • 20 % des efforts permettent d’accomplir 80 % d’un projet,
  • 20 % des clients génèrent 80 % de la marge.

Mediocristan et Extremistan

Pour comprendre quand et comment appliquer la loi de Pareto, il faut faire un détour par les travaux de Nassim Nicholas Taleb. Il distingue deux mondes statistiques très différents : le mediocristan et l’extremistan.

Le mediocristan

Le mediocristan correspond au monde physique. Les extrêmes y sont proches de la moyenne. Le poids des êtres humains, la taille des arbres dans une forêt ou la taille des animaux sont relativement bornés. Quelques valeurs extrêmes n’influencent pas significativement l’ensemble.

Dans ce monde-là, la loi de Pareto s’applique très mal. Il n’existe pas 20 % des arbres qui représentent 80 % du bois d’une forêt.

L’extremistan

L’extremistan est un monde où les extrêmes dominent. Quelques éléments peuvent avoir un impact colossal par rapport à la moyenne. C’est le cas pour :

  • la distribution des richesses,
  • les ventes de livres,
  • la taille des villes,
  • l’audience sur internet,
  • la création de valeur dans les entreprises technologiques.

Dans l’extremistan, la loi de Pareto devient extrêmement pertinente. Et notre monde moderne, de plus en plus numérique et mondialisé, ressemble de plus en plus à cet extremistan.

Appliquer Pareto dans le travail

Plus un domaine s’éloigne des contraintes physiques, plus il bascule dans l’extremistan.

Dans le B2B, par exemple, il est très fréquent que 20 % des clients représentent 80 % du chiffre d’affaires. Il est donc logique d’y concentrer l’essentiel de ses efforts.

À l’inverse, dans le B2C, les limites physiques des individus rendent cette logique beaucoup moins pertinente. Une personne ne peut pas acheter une quantité infinie de vêtements ou de téléphones.

Dans les métiers intellectuels, la loi de Pareto est souvent très marquée. Dans une équipe technique, il est fréquent que 20 % des personnes produisent 80 % de la valeur. Dans l’écriture, 20 % d’un rapport produisent souvent 80 % de son impact.

Cela implique une chose essentielle : mieux prioriser.

Cette logique rejoint directement d’autres leviers d’efficacité comme la réduction de la fatigue décisionnelle ou la communication explicite.

L’autodiscipline face à l’extremistan

Le problème, c’est que notre cerveau est câblé pour comprendre le monde linéaire du mediocristan. Il a beaucoup de mal à raisonner en termes d’effets exponentiels.

Résultat, on a tendance à accorder autant de temps à des actions à faible impact qu’à celles qui sont réellement décisives.

Pour contrer cela, une solution efficace consiste à se fixer des contraintes artificielles :

  • des deadlines courtes,
  • des créneaux de travail limités,
  • une pression sociale assumée.

Ces contraintes forcent à aller à l’essentiel et à concentrer l’effort sur ce qui compte vraiment.

La stratégie de l’haltère

Vivre dans un monde d’extremistan signifie aussi vivre dans un monde incertain. De rares événements imprévisibles peuvent avoir des conséquences énormes. Ce sont ce que Taleb appelle les cygnes noirs.

La stratégie de l’haltère consiste à structurer sa vie pour :

  • se protéger des cygnes noirs négatifs,
  • s’exposer aux cygnes noirs positifs.

Le principe

L’idée est simple :

  • consacrer environ 80 % de son temps, de son énergie ou de ses ressources à des activités très peu risquées,
  • consacrer environ 20 % à des activités très risquées, mais avec un potentiel de gain élevé.

Il faut éviter à tout prix la zone intermédiaire, les activités modérément risquées, qui exposent à de grosses pertes sans réel potentiel de gain exceptionnel.

Exemples concrets d’application

Investissements

Une approche classique consiste à placer la majorité de son épargne dans des supports très sûrs, et une petite partie dans des investissements beaucoup plus risqués mais à fort potentiel. L’objectif n’est pas d’éviter le risque, mais de le concentrer là où le rapport risque / gain est asymétrique.

Carrière

Il est parfois possible de sécuriser une base stable, par exemple un emploi à temps partiel, tout en consacrant une part plus risquée de son temps à un projet personnel, une formation ou une activité entrepreneuriale.

Marketing et stratégie d’entreprise

Une entreprise peut sécuriser l’essentiel de sa croissance sur des leviers fiables et éprouvés, tout en consacrant une petite part de ses efforts à tester des canaux nouveaux, originaux ou expérimentaux.

Vie personnelle

La stratégie de l’haltère peut aussi s’appliquer à la vie sociale. Passer l’essentiel de son temps avec des personnes de confiance, tout en s’autorisant ponctuellement des situations nouvelles, imprévisibles, voire inconfortables, qui peuvent déboucher sur des rencontres ou des opportunités majeures.

Tirer parti de l’incertitude

L’objectif n’est pas d’éliminer l’incertitude, mais d’en faire un allié. En structurant sa vie autour de cette logique, on limite les pertes potentielles tout en se laissant la possibilité de gains disproportionnés.

Cette approche complète naturellement les autres principes de cette formation, notamment l’automatisation des actions répétitives ou la règle des deux minutes.

Moins de dispersion, plus d’impact, et surtout une meilleure capacité à profiter des opportunités rares mais décisives.

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