La loi de Carlson

Pourquoi travailler sans interruption est bien plus efficace que le multitâche

Introduction

Imaginez que vous passiez une nuit complète dans votre lit.
Mais toutes les vingt minutes, un bruit vous réveille : une porte qui claque, un chien qui aboie, une sirène qui passe.

Avez-vous passé une bonne nuit reposante ?
Évidemment non.

Ce qui compte, ce n’est pas le temps passé au lit, mais le temps de sommeil réellement utile, en particulier le sommeil profond et paradoxal.

Maintenant, transposez cette situation à une journée de travail. Vous êtes devant votre ordinateur, mais toutes les vingt minutes, une interruption surgit : une notification email, un message instantané, un appel, un collègue qui vient vérifier si vous avez bien reçu son message.

La logique est exactement la même.
Ce qui compte, ce n’est pas le temps passé derrière un écran, mais le temps de travail réellement utile.

Un environnement qui favorise les interruptions

Il y a quelques décennies, le travail de bureau se faisait dans des conditions très différentes. Un bureau individuel, peu d’outils de communication, un téléphone qui sonnait rarement, des échanges écrits coûteux en temps et en énergie.

Aujourd’hui, tout a changé.

Les open spaces multiplient les sollicitations visuelles et sonores. Les ordinateurs et les smartphones permettent de passer d’une tâche à une autre en un clic. Les messages instantanés et les emails ont rendu la communication presque gratuite, ce qui a mécaniquement fait exploser leur volume.

À cela s’ajoute une production massive de contenus médiatiques et numériques. L’information n’est plus rare. Ce qui devient rare, c’est l’attention.

Dans ce contexte, un employé de bureau ne travaille en moyenne que quelques minutes avant d’être interrompu à nouveau. Cette fragmentation permanente donne l’illusion d’être actif, mais elle détruit en réalité la concentration.

La loi de Carlson et l’illusion du multitâche

Cette réalité a été formalisée dès les années 1950 par le chercheur suédois Sune Carlson.

La loi de Carlson est simple :
une tâche réalisée de manière continue demande moins de temps et moins d’énergie qu’une tâche réalisée en plusieurs fois.

Faire A puis B est toujours plus efficace que tenter de faire A et B en parallèle.

Lorsque le cerveau change de tâche, il ne bascule pas instantanément d’un sujet à l’autre. Il lui faut du temps pour retrouver son niveau d’attention initial. Une interruption de trente secondes ne coûte jamais trente secondes. Elle coûte ces trente secondes, plus tout le temps nécessaire pour se reconcentrer.

C’est exactement comme un réveil en plein sommeil profond : le cerveau met du temps à retrouver son état optimal.

Les effets cognitifs des interruptions

Au-delà de la perte de temps, l’alternance des tâches a un impact direct sur les capacités intellectuelles.

Des recherches en psychologie cognitive ont montré que travailler en étant constamment interrompu dégrade fortement les performances mentales. La baisse de concentration observée est comparable à celle d’un manque de sommeil.

Les personnes réellement productives ne sont pas celles qui répondent le plus vite, mais celles qui restent pleinement présentes dans ce qu’elles font. Pendant une réunion, elles sont engagées. Pendant une session de travail, elles ne consultent pas leurs messages toutes les quelques minutes.

Cette capacité à rester focalisé est parfois décrite comme un état de concentration intense, proche de ce qui est détaillé dans l’état de flow et la stretch zone.

Réactivité et productivité sont opposées

Il est tentant de confondre réactivité et efficacité. Répondre immédiatement aux messages donne le sentiment d’être utile et disponible.

En réalité, une réactivité permanente est souvent le symptôme d’un manque de concentration. Chaque réponse immédiate est une micro-interruption qui fragmente l’attention et empêche d’avancer sur les tâches importantes.

C’est pour cette raison que réduire les interruptions issues des outils est un levier majeur, comme expliqué dans supprimer les notifications.

Mais toutes les interruptions ne viennent pas de l’extérieur. Certaines sont auto-générées, ce qui est abordé dans résister aux tentations. D’autres proviennent de l’environnement humain et nécessitent de savoir s’isoler, thème développé dans créer sa bulle de concentration.

Ce que pose la loi de Carlson pour la suite

La loi de Carlson pose un principe fondamental : une tâche entamée devrait idéalement être menée à son terme sans interruption.

L’objectif de ce chapitre est de vous donner les clés pour protéger votre attention, réduire les distractions et créer des conditions de travail propices à une concentration profonde et durable.

C’est à partir de cette base que vous pourrez ensuite travailler plus sereinement, plus efficacement, et avec beaucoup moins de fatigue mentale.

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